(FR) Ferjani Saloua-Dossier Spécial Ville-nature, nature en ville Préface
Index Table des matières Résumé Téléchargement Texte Intégral Notes Bibliographie Auteur Information A propos Al-Sabil Numéros en texte intégral Dossier Spécial Ville-nature, nature en ville Préface Saloua Ferjani La place et la signification du végétal dans la Médina de Tunis. Une dimension cachée Imène Zaâfrane Zhioua Les jardins des palais de Tunis durant le règne husseinite. Etude du cas de reconversion en parc public du jardin de Ksar Essaâda Sondès Zaier La cité-jardin à Tunis. Une nouvelle forme urbaine dans les environs immédiats de la ville Samia Ammar Natures urbaines à Carthage : tendre vers une trame verte Ikram Saidane Mégrine coteaux, de la cité fleurie à la ville dépareillée Saloua Ferjani Le droit à la nature dans la commune de l’Ariana. Les espaces verts et naturels, quelles participations, équité et inclusion ? Olfa Ben Medien Écologie urbaine dans la ville de Chefchaouen Leila Harabi حدائق على طرف الصحراء. ملامح المشهد الواحي في بلاد الجريد خلال العصرين الوسيط والحديث ذاكر سيله 13 | 2022 Dossier Spécial Ville-nature, nature en ville Préface Saloua Ferjani Pour citer cet article Saloua Ferjani, « Préface du dossier Spécial : Ville-nature, nature en ville », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°13, Année 2022. URL : http://www.al-sabil.tn/?p=6647 Téléchargement Cliquez pour télécharger l’article Texte intégral Depuisquelques années, et compte tenu de la préoccupation croissante générée par le réchauffement climatique, les pays du monde entier ont engagé la mise en oeuvre de dispositifs de préservation des paysages naturels et de végétalisation des villes. Le sujet de la nature en ville est ainsi au coeur de la réflexion pour la ville de demain : une ville verte, durable et résiliente. La nature en ville, sous toutes ses formes (faune, flore, eau, air, sol, trame verte, trame bleue) s’avère indispensable pour adapter nos villes au changement climatique. Par ailleurs, elle procure de multiples avantages d’ordre environnemental et de santé publique : elle apaise, réjouit, régénère, procurant un bien-être certain aux habitants. Et elle se révèle de nos jours un enjeu planétaire crucial. Du point de vue hygiénique, de nombreux chercheurs pensent aujourd’hui que la destruction de la biodiversité par l’Homme crée les conditions d’apparition de nouveaux virus et de nouvelles maladies telles que le Covid-191. Une nouvelle discipline, la santé planétaire, est en train d’émerger, qui se concentre sur les liens de plus en plus visibles entre le bien-être des humains, celui des autres êtres vivants et des écosystèmes entiers2. Les végétaux (arbres d’alignement, haies, toitures végétalisées, murs verts, parcs et jardins…) concourent à cette question d’hygiène car la plantation en ville reste l’outil permettant d’obtenir durablement, à l’avenir, un air urbain de qualité. Tous les observateurs ont constaté que les citoyens qui ont le mieux supporté le confinement, en ayant une vie épanouie, étaient ceux qui résidaient à proximité des parcs et des parcours ou ceux qui habitaient dans un environnement serein, apaisant et thérapeutique entre ville et nature. Sur le plan psychologique, il a été prouvé, pendant les deux confinements, le rôle apaisant de la nature, avec son air pur, permettant d’atténuer les effets d’une atmosphère anxiogène. Car la nature semblerait absorber les énergies négatives et les transformer, apaisant le coeur et l’esprit, le corps et les souffrances. Les espaces verts appropriés contribuent également à l’amélioration de la qualité de l’air en agissant comme des filtres naturels. La nature en ville représente également un fort enjeu social dans la mesure où elle renouvelle la qualité des espaces publics en favorisant la rencontre, les diverses pratiques de loisirs, en offrant de nouvelles sociabilités urbaines (relaxation, promenades, jeux, assises, sport, contemplation, etc.). Elle permet aux habitants de retrouver le plaisir de vivre en ville en favorisant le bien-être dans l’espace urbain et en favorisant le « vivre ensemble » au sens du partage et de l’entraide. Au-delà des besoins matériels, les espaces verts répondent aux aspirations conscientes ou inconscientes, les plus profondes de la population. Ils s’inscrivent dans la confluence de la symbolique, de l’imaginaire et de la sensibilité esthétique, comme en témoigne « l’art des jardins » faisant des espaces verts la contrepartie idéalisée des conditions de vie en milieu urbain3. Dans l’histoire des villes et de l’humanité, la nature a toujours été davantage un atout qu’une contrainte. Ainsi, les témoignages picturaux les plus anciens sur l’art des jardins nous viennent des Égyptiens qui cultivaient des jardins à la fois d’agrément et utilitaires servant à produire du vin, des fruits, des légumes et du papyrus. Par la suite, dans les premiers royaumes d’Assyrie, les rois de Mésopotamie entretiendront des jardins royaux et des vergers dans la cité, comme une tentative de recréer « le Paradis ». Les Grecs quant à eux montraient assez peu d’intérêt pour l’aménagement des jardins car ils avaient tendance à dominer la nature et non à l’imiter et leurs espaces verts avaient un caractère religieux ou utilitaire. A l’inverse, il semblerait que les Romains aient eu une réelle passion pour les jardins, déclinés en deux types: de vastes jardins à la campagne d’une part et des jardins urbains aux dimensions nécessairement réduites d’autre part. Les jardins romains étaient également des lieux privilégiés de pratique religieuse4 Au Moyen-âge, ordonné selon les besoins de l’homme, le jardin est à la fois un lieu d’abondance et un témoignage de civilisation. Proches des espaces d’habitation, ils joignaient l’utile à l’agréable. C’est en Europe et au XVIIe siècle que les plantes, parcs et jardins, envahissent l’espace urbain témoignant de l’imprégnation constante de la ville par les végétaux. Cette présence du végétal dans la ville a ainsi fluctué au cours des siècles. La nature en ville a sans cesse été soutenue par les « naturalistes », terme qui renvoie aussi bien aux particuliers, aux professionnels qu’aux pouvoirs publics. Mais étendre ou maintenir la présence végétale en ville impose de relever de multiples défis (fonciers, financiers, esthétiques, biologiques, etc.) qui ont pu varier au cours des siècles. En Europe, à l’époque moderne, l’entrée de la nature en ville est fortement liée à l’ère industrielle avec l’apparition