(FR) Othmani Houssem Eddine – Quand le patio perd le ciel. Statut et usages d’un élément traditionnel dans la villa néo-mauresque à Tunis (début XXe siècle)
Index Table des matières Résumé Téléchargement Texte Intégral Notes Bibliographie Auteur Information A propos Al-Sabil Numéros en texte intégral Cours et patios dans le Tunis de Hélé Béji. L’Œil du jour, une géopoétique de l’habiter. Sarra Ladjimi Malouche Cisterns and Wells The Dormant Water Heritage of the Medina of Tunis Leila Ben-Gacem, Firas Khlifi et Sihem Lamine Repenser les patios enterrés de Bulla Regia : une lecture intégrée entre HBIM, performance climatique et design situé Aida Hermi et Héla Oueslati Mur, seuil et patio comme dispositifs climatiques et domestiques. Les Case di Palma d’Umberto Riva à Stintino (1959–60 / 1971–73) Marion Boisset L’habitat de loisir de Georges Candilis. Le patio comme centre de vie Corentin Claret et Catherine Compain-Gajac Quand le patio perd le ciel. Statut et usages d’un élément traditionnel dans la villa néo-mauresque à Tunis (début XXe siècle) Houssem Eddine Othmani Mediterranean roots at the making of the Tapatia patio house (1920s-1930s) Claudia Rueda, Isabela Rentería et Magda Mària La cour troglodytique de Matmata comme matrice : modélisation systémique d’un archétype d’intelligence vernaculaire Amira Naoui The Mediterranean retreats of two Danish architects. Jørn Utzon’s Can Lis and Erik Christian Sørensen’s Can Geroni in Majorca Riccardo Petrella 22 | 2026 Quand le patio perd le ciel. Statut et usages d’un élément traditionnel dans la villa néo-mauresque à Tunis (début XXe siècle) Othmani Houssem Eddine Table des matieres Introduction 1. Tunis, 1900-1950 : l’introduction du style néo-mauresque et l’arabaisance moderne 2. Le modèle originel : le patio traditionnel tunisois 3. La métamorphose analysée : la réutilisation moderne du patio Conclusion Résumé L’architecture néo-mauresque à Tunis, développée principalement durant la première moitié du XXe siècle, s’inscrit dans une tendance artistique marquée par l’orientalisme. Elle reprend des éléments de l’habitat traditionnel local comme le moucharabieh, la skiffa et le patio, non pas nécessairement pour leur fonction, mais pour leur valeur esthétique et symbolique. Cette reconfiguration stylistique s’opère dans un contexte de modernité urbaine et architecturale, avec de nouveaux matériaux, de nouvelles normes constructives et des modes de vie en mutation. Le patio, élément central et structurant de la maison tunisienne traditionnelle, est fréquemment repris dans ces villas. Pourtant, il y subit une transformation majeure : il n’apparaît plus comme un espace ouvert sur le ciel. Il est fréquemment couvert par un étage supérieur ou une coupole, perdant ainsi ses fonctions bioclimatiques essentielles (ventilation, lumière zénithale, rapport à l’eau de pluie) et parfois même sa centralité spatiale. Son statut devient alors ambigu : est-ce encore un patio, ou simplement un hall, une antichambre, un salon couvert ? Cette configuration n’est pas isolée ; on observe également une dilution du terme « patio » pour désigner des espaces de circulation ou des pièces intérieures closes. Cette communication se propose d’analyser cette transformation. Nous posons l’hypothèse que le patio, dans cette architecture, devient un signe architectural décontextualisé. Sa métamorphose révèle moins une imitation qu’une réinterprétation profonde, adaptant la spatialité domestique aux besoins d’une clientèle souvent européenne ou occidentalisée. Nous chercherons donc à identifier les nouvelles fonctions de cet espace couvert (circulation, distribution, prestige) et à comprendre ce qui le remplace comme cœur de la maison : un salon « à l’européenne », un escalier monumental, une terrasse ? Pour répondre à ces questions, notre méthode repose sur l’analyse comparative d’un corpus de villas tunisiennes conçues par des architectes tels que Raphaël Guy, Victor Valensi ou Jacques Marmey. Cette lecture morphologique sera éclairée par une approche empruntant à l’anthropologie de l’espace, permettant d’interroger l’écart entre la forme (le signe « patio ») et l’usage, ainsi que la redéfinition des centralités domestiques. L’objectif n’est ni de juger cette transformation, ni de regretter une supposée authenticité, mais d’observer ce qui advient lorsqu’un élément architectural majeur change de nature. À travers le cas du patio néo-mauresque, nous interrogeons ainsi la rencontre, parfois contradictoire, entre une tradition revisitée et les impératifs d’une configuration moderne adaptée à un mode de vie européen. Mots-clés : Patio couvert, architecture néo-mauresque, villa, XXe siècle, morphologie spatiale. Abstract Neo-Moorish architecture in Tunis, which developed primarily during the first half of the 20th century, belongs to an artistic trend marked by Orientalism. It borrows elements from the local traditional habitat —such as the moucharabieh, skiffa, and patio— not necessarily for their original function, but for their aesthetic and symbolic value. This stylistic reconfiguration takes place within the context of urban and architectural modernity, involving new materials, new construction standards, and evolving lifestyles. The patio, a central and structuring element of the traditional Tunisian house, is frequently adopted in these villas. Yet, it undergoes a major transformation: it no longer appears as a sky-open space. It is often covered by an upper floor or a dome, thereby losing its essential bioclimatic functions (natural ventilation, zenithal light, connection to rainwater) and sometimes even its spatial centrality. Its status becomes ambiguous: is it still a patio, or merely a hall, an antechamber, a covered salon? This configuration is not isolated; we also observe a dilution of the term « patio » to designate circulation spaces or enclosed interior rooms. This presentation aims to analyze this transformation. We hypothesize that the patio, in this architecture, becomes a decontextualized architectural sign. Its metamorphosis reveals not so much an imitation as a profound reinterpretation, adapting domestic spatiality to the needs of a clientele that was often European or Westernized. We will therefore seek to identify the new functions of this covered space (circulation, distribution, prestige) and to understand what replaces it as the heart of the house: a European-style salon, a monumental staircase, a terrace? To answer these questions, our method is based on the comparative analysis of a corpus of Tunisian villas designed by architects such as Raphaël Guy, Victor Valensi, and Jacques Marmey. This morphological reading will be informed by an approach drawing from the anthropology of space, allowing us to question the gap between form (the « patio » sign) and use, as well as the redefinition of domestic centralities. The objective is neither to judge this transformation nor to regret a