Al Sabîl

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04 | 2017

Autoconstructions médinales tunisoises actuelles et Déconstructivisme architectural
Ressemblances esthétiques

Sami Kamoun

Résumé

Depuis la nuit des temps, les autoconstructions médinales tunisoises étaient brutalement rasées par les autorités. L’avènement de la révolution de 2011 revivifiait l’envie de leurs réapparitions. Les dynamiter à nouveau aggrave l’hémorragie de leurs renouvellements. Les« spéculer », les « valoriser » , les regarder autrement au lieu de s’en débarrasser nous ouvrira de nouveaux horizons. Les engager dans un comparatisme avec le déconstructivisme nous conduirait, certainement, vers de fructueuses voies. La complexité, le chaos, la bizarrerie formelle et géométrique déployée par la déconstruction architecturale et, d’emblée, par l’autoconstruction de la médina nous semblent les première hypothèses. Nous nous contenterons dans ces brèves lignes de développer d’autres aspects.

Une des ressemblances qui réunit l’autoconstruction avec la déconstruction est sa faculté d’être déréglementée. Il en découle des espaces totalement bizarres, des plans déformés, des angles insolites, des lignes brisées, des asymétries télescopées... L’idée de « déréglementation » des autoconstructions transgresse nos habitudes de voir l’architecture. Plus que déréglementation, elles nous semblent « vides de règles » et demeurent complètement non- académiques, non-architecturales et pratiquement sans architectes qualifiés. Des projets déconstructivistes comme Nave of signs de Hiromi Fujii ou de Guardiola House de Peter Eisenman ou, encore, de Splitting de Gordon Matta-Clark sont d’éloquents exemples qui expriment ce phénomène.

Une autre ressemblance entre les (auto-) et (dé-)construction réside dans l’ « idée » de ruine. Témoins déshérence générales, de précarité et de souffrances, les auto-constructions incarnent le lieu d’une défragmentation chaotique de l’architecture. Planchers abandonnés, poteaux inachevés, façades hasardeusement superposées, revêtements anarchiquement combinés, constructions complètement ou partiellement ruinées... ; tous ces fréquents et actuels aspects esthétiques entretiennent de curieuses ressemblances avec beaucoup de réalisations déconstructivistes. Nous pouvons évoquer, en ce sens, le projet d’Ideterminate Facadede James Wines ou celui de Berlin Free Zone de Lebbeus Woods, comme exemples de comparaison.

Une troisième ressemblance entre les autoconstructions de la médina de Tunis et le déconstructivisme réside dans son aspect incomplet. Rien qu’en parcourant les ruelles de la médina, nous tombons sur des talus de sables, des sacs de ciments, des graviers, des briques, des pierres, des tôles ondulés, des déchets de bois... Il en résulte des chantiers interminablement ouverts. Il en résulte aussi un usage excessif de matériaux de construction précaires, urgents, essentiels. Nous pouvons illustrer, le projet de Gehry Housede Frank Gehry ou celui d’Open House de Helmut Swiczinsky et Wolf Prix, comme modèles de rapprochement.

Les autoconstructions médinales tunisoises sont-elles véritablement en « voie de déconstruction » ? Pouvons-nous affirmer que le Déconstructivisme est le meilleur appui pour les regarder autrement, pour valoriser leurs aspects esthétiques ?

Mots-clés :​

Esthétique, déconstructivisme, regard photographique, autoconstruction, patrimoine bâti.

Pour citer cet article

Sami Kammoun, « Autoconstructions médinales tunisoises actuelles et Déconstructivisme architectural : Ressemblances esthétiques », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°04, Année 2017.

URL : http://www.al-sabil.tn/?p=7853

Texte intégral​

Auteur​

Sami Kamoun

Laboratoire d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines

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