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02 | 2016

Dar el-Bey d’Hammam-Lif aux XVIIIe -XIXe siècles : prémices de l’architecture thermale à Tunis

Beya Abidi-Belhadj

Résumé

Le village de Hammam-Lif est situé sur des sources thermales, à 16 kilomètre de la ville de Tunis. L’intérêt pour les eaux thermales, la montagne et la mer ainsi que la mise en valeur de ces ressources ont été rythmés par des chronologies différentes. Dès le milieu du XVIIIe siècle les séjours curatifs, à Hammam-Lif, s’inscrivent dans le coutumier de la cour beylicale de Tunis. En 1747, un premier pavillon est édifié auprès des sources minérales, afin d’assurer convenablement les services des eaux, pour la famille beylicale. Il est remplacé en 1828, par un établissement thermal monumental, comprenant deux parties : l’aile dédiée à la cour beylicale et le caravansérail pour l’usage du public. Ainsi, le thermalisme est désormais l’activité dominante, de la région de Hammam-Lif. En 1883, un nouvel établissement thermal en style néo-mauresque, El-Hammam Es-Souri, est mis en chantier, à proximité de la villégiature beylicale. Aussitôt, de nombreuses constructions sont venues compléter l'ensemble existant et la ville d’eau prend naissance, pour offrir aux curistes, non seulement les meilleures conditions de soins mais, également, celles d’un séjour réussi. Cette étude de ces deux établissements thermaux nous permet de mieux apprécier les thèmes architecturaux et l’évolution de l’architecture thermale à Tunis au XVIIIe et au XIXe siècle. Pour ce faire une documentation variée est mise en œuvre.


The village of Hammam-Lif is located on thermal springs, 16 kilometers from the city of Tunis. Interest in thermal waters, the mountains and the sea as well as the development of these resources were punctuated by different chronologies. From the middle of the 18th century, curative stays in Hammam-Lif were part of the custom of the Beylical court of Tunis. In 1747, a first pavilion was built near the mineral springs, in order to properly provide water services for the Beylicale family. It was replaced in 1828 by a monumental thermal establishment, comprising two parts: the wing dedicated to the beylical courtyard and the caravanserai for public use. Thus, hydrotherapy is now the dominant activity in the Hammam-Lif region. In 1883, a new spa establishment in neo-Moorish style, El-Hammam Es-Souri, was started, near the Beylical resort. Immediately, numerous constructions were added to complete the existing complex and the spa town was born, to offer spa guests not only the best conditions for treatment but also those for a successful stay. This study of these two thermal establishments allows us to better appreciate the architectural themes and the evolution of thermal architecture in Tunis in the 18th and 19th centuries. To do this, various documentation is implemented.

تقع قرية حمام الأنف على ينابيع حرارية، على بعد 16 كيلومترا من مدينة تونس. الاهتمام بالمياه الحرارية والجبال والبحر وكذلك تنمية هذه الموارد تخللته تسلسلات زمنية مختلفة. منذ منتصف القرن الثامن عشر، كانت الإقامات العلاجية في حمام الأنف جزءًا من عادات بلاط الباي في تونس. في عام 1747، تم بناء جناح أول بالقرب من الينابيع المعدنية، من أجل توفير خدمات المياه بشكل صحيح لعائلة بيليكال. تم استبداله في عام 1828 بمؤسسة حرارية ضخمة تتكون من جزأين: الجناح المخصص للفناء الباي والخان المخصص للاستخدام العام. وهكذا، أصبح العلاج المائي الآن هو النشاط السائد في منطقة حمام الأنف. في عام 1883، تم إنشاء منتجع صحي جديد على الطراز المغربي الجديد، الحمام السوري، بالقرب من منتجع بيليكال. وعلى الفور، تمت إضافة العديد من الإنشاءات لاستكمال المجمع الحالي وولدت مدينة السبا، لتوفر لضيوف المنتجع ليس فقط أفضل الظروف للعلاج ولكن أيضًا لإقامة ناجحة. تسمح لنا هذه الدراسة لهاتين المنشأتين الحراريتين بتقدير المواضيع المعمارية وتطور العمارة الحرارية في تونس في القرنين الثامن عشر والتاسع عشر بشكل أفضل. للقيام بذلك، يتم تنفيذ وثائق مختلفة.

Mots clés

eaux thermales, Hammam-Lif, villégiature, palais, architecture, urbanisme, hammam, établissement thermal.

Pour citer cet article

Beya Abidi-Belhadj, « Dar el-Bey d’Hammam-Lif aux XVIIIe -XIXe siècles : prémices de l’architecture thermale à Tunis », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°2, Année 2016. URL : http://www.al-sabil.tn/?p=2403

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Texte integral

Introduction

Le traitement curatif et préventif, par les eaux thermales est d’un usage courant dans la Régence de Tunis, depuis l’antiquité. Cependant, c’est sous la dynastie des Hafsides, que la vocation curative des eaux thermales d’Hammam-Lif est mise en exergue. En effet, l’usage des installations antiques perdure durant cette époque. Cette vocation est affirmée sous les Husseinites. Parallèlement, de nouveaux établissements voient le jour, notamment à partir du XVIIIe siècle. A ce moment-là, l’activité thermale n’en est qu’à ses premiers bouillonnements ; l'établissement apparaît vétuste et les sources, mal captées. La notoriété de la station commence, réellement, en 1828, avec la construction de la première villégiature hivernale beylicale. Mais, c’est autour de 1893 que le thermalisme a pris, effectivement, son envol avec l’édification du premier établissement thermal commode afin d’offrir aux curistes, non seulement les meilleures conditions de soins mais, également, celles d’un séjour réussi, se constituant, ainsi, un patrimoine varié, thermes, casinos, villas…etc., doté d’une identité, forte et originale 

1- De Hammat al-jazira, à Henchir Hammam-Lif : aux origines du thermalisme curatif

Situé à 16 kilomètres de Tunis, sur la voie du Cap-Bon et du Sahel, au débouché de la plaine de Mornag, le village de Hammam Lif est implanté sur des sources thermales, qui ont marqué l’histoire et la topographie de la région. De nombreuses ruines romaines, éparses, dans le voisinage des sources thermales et sur le flanc du Djebel Boukornine attestent que le point d’Hammam-Lif est très fréquenté et habité, pendant l’occupation romaine. Un autre indice d’occupation du site remonte à l’époque byzantine, est découvert en 1908. Il s’agit d’un archevêché byzantin, situé dans la zone, dite « le coup de sabre ».

Au moyen âge, l’histoire de la région reste floue voire obscure. D’ailleurs, il est rare, dans les écrits arabes, de trouver le nom de cette localité, d’où son rôle insignifiant, à cette époque-là. Il faudra, donc, attendre le cinquième siècle de l’Hégire, pour voir Al-Maliki, relater dans ses écrits, la dénomination de Hammat el- Djazera1 , nom donné à cette ville souligne-t-il. C’est par la suite, AlBakri, qui évoque le nom de Ribat Al-hamma, en découvrant cet endroit. Il rapporte, également, dans son livre cette source d’eau chaude est considérable et que maintes fois on en a reconnu l’efficacité 2 . Plus tard, les auteurs arabes fournissent des descriptions, encore plus détaillées. Mais, toutes ces sources ne signalent la présence d’une population fixe et des habitations, autour des sources des eaux thermales, qui faisaient la célébrité de cette région. Toutefois, c’est à l’époque moderne, que le nom de Hammam-Lif est attribué à cette localité. Cette désignation est inspirée du fait que cette ville est située au nez de la montagne de Boukornine. Ibn Abi Dinar est, à cet effet, le premier historien, à citer le nom de Hammam-Lif, en précisant dans ses écrits, qu’il s’agit d’une petite ville, construite par les Andalous3 . Depuis, toutes les sources utilisent cette nomination, pour désigner cette région, d’où le nom d’Hammam-Lif est utilisé, du moins à partir du XVIIe siècle.

Le domaine dit Henchir hammam-lenf, figure sur les listes des biens de tous les beys husseinites4 . En 1845, suite à une donation d’Ahmed Bey (1837-1855), ce domaine devient, totalement, la propriété du premier ministre Mustapha Khaznadar. Après sa destitution, en 1874, le domaine revient à l’Etat. Par ordonnance beylicale, de Mohamed Sadok Bey (1859- 1882), datant de 1876, ce henchir devient la propriété du, bey des camps, Ali Bey (1882-1904). Elle a une contenance approximative d’un hectare, limitée : au Sud, par henchir Bryh -Abla et es-Sabala el-bidha (la fontaine blanche), à l’Est, par la mer, au Nord par henchir ed-Dhaheb, propriété de l’Etat, à l’Ouest, par le Djebel Bokornine. Elle renferme un palais, des constructions diverses, des terrains à bâtir, des bains, des sources d’eau thermale, des puits et un henchir (terre labourable) 5 . Cette localité est  réunie à Tunis, par une très bonne route de 15 kilomètres et par un chemin de fer, à double voie exploité par la Compagnie de Bône-Guelma. L’eau d’alimentation est fournie par un puits, muni d’une noria, situé à un kilomètre à l’Ouest du palais du Bey. Elle est acheminée au palais par un aqueduc accroché au flanc de la montagne6 .

Fig.1. Henchir Hammam-Lif au XIXe siècle. Source : O.T.C.

D’après les descriptions avancées par nos sources, nous apercevons que Hammam-Lif n’ést pas, à proprement parler, un village. Il s’agit, sommairement, d’une réunion de palais, groupés au voisinage des sources des eaux thermales. La topographie de la partie Sud, comprenant le centre historique, est marquée par une importante élévation, Est-Ouest, tandis que celle de la partie Nord se caractérise par un terrain plat. Ainsi, cette petite localité bénéficie d’une exceptionnelle situation, propice à la villégiature. .