Al Sabîl

Index

Information

A propos Al-Sabil

Numéros en texte
intégral

15 | 2023

Les caractéristiques architecturales dans la région de l’ouest de Gharb al-Andalus.
Organisation de la vie quotidienne

Emna BOUHAOUEL

Résumé

L’urbanisme et l’aménagement de l’espace urbain à Gharb-al-Andalus ont été marqués par l’importance accordée aux villes comme centres de pouvoir, de commerce et de culture. L’espace de la ville était pensé et organisé selon un modèle commun, avec des rues étroites et sinueuses, des places publiques et des mosquées. Ce modèle d’organisation impactait sur le style de vie et l’organisation sociale dans cette entité.

Mots clés

Gharb-Al-Andalus, Urbanisme, Aménagement, Espace, Peuplement.

Abstract

Urbanism and development in Gharb-al-Andalus was marked by the importance attached to cities as centers of power, commerce, and culture. City space was designed and organized according to a common model, with narrow, winding streets, public squares and mosques. This organizational model had an impact on the lifestyle and social organization of this entity.

Keywords

Gharb-Al-Andalus, Urbanism, Development, Space, Social organization.

الملخّص

تميز الاعمار والتعمير في منطقة غرب الأندلس بأهمية المدينة كمركز للسلطة والتجارة والثقافة. تم تصميم وتنظيم مساحة المدينة وفق نموذج مشترك، بشوارع ضيقة، ومتعرجة وساحات عامة ومساجد. وكان لهذا النموذج التنظيمي تأثير على نمط الحياة والتنظيم الاجتماعي لهذه المجموعة.

الكلمات المفاتيح

الاعمار، التعمير، غرب الأندلس، المدينة، التنظيم الاجتماعي.

Pour citer cet article

BOUHAOUEL Emna​, « Les caractéristiques architecturales ans la région de l’ouest de Gharb al-Andalus Organisation de la vie quotidienne», Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°15, Année 2023.

URL : https://al-sabil.tn/?p=5660

Télechargement

Texte integral

Introduction

L’urbanisme et l’aménagement de l’espace urbain entre le VIIIe et le XIIIe siècle à l’extrême Gharb-al-Andalus ont été influencés par plusieurs facteurs historiques, culturels, religieux et économiques. Gharb-al-Andalus, était une région située à l’extrême sud de la péninsule ibérique, dans une partie de l’actuel Portugal, du territoire de Coimbra jusqu’au Sud avec les territoires d’Ocsonoba et Silves. Cette région a été sous domination musulmane pendant près de 500 ans, de 711 à 1249.

L’urbanisme et l’aménagement de l’espace urbain à Gharb-al-Andalus ont été marqués par l’importance accordée aux villes comme centres de pouvoir, de commerce et de culture. Les villes étaient organisées selon un modèle commun, avec des rues étroites et sinueuses, des places publiques et des mosquées.

L’une des caractéristiques les plus marquantes de l’urbanisme à Gharb-al-Andalus était la présence de jardins et de fontaines dans les espaces publics. Les jardins étaient considérés comme des espaces de détente et de contemplation, et étaient souvent décorés de sculptures, de fontaines et de mosaïques. Les fontaines, quant à elles, étaient utilisées pour l’irrigation, mais étaient également considérées comme des éléments décoratifs importants.

L’architecture au Gharb-al-Andalus était influencée par les styles arabo-islamique et berbère, et fortement imprégnée par les traditions locales. Les bâtiments étaient construits en pierre ou en brique, et étaient souvent décorés de motifs géométriques et floraux. Les maisons étaient organisées autour d’un patio central suivant le modèle classique méditerranéen, qui servait de lieu de rencontre pour la famille.

Les villes de Gharb-al-Andalus étaient également dotées d’un système d’approvisionnement en eau sophistiqué, qui comprenait des aqueducs, des canaux et des réservoirs. Ce système permettait de fournir de l’eau potable aux habitants, mais était également utilisé pour l’irrigation des jardins et des champs.

Tout ceci n’était pas mis en place par hasard, sauf qu’au milieu de tous les relevés scientifiques, fouilles archéologiques, sources écrites… nous prenons rarement le temps de réfléchir sur l’organisation des espaces et la réflexion humaine qui aurait guidé ce plan d’aménagement. De nos jours il y a toute une terminologie relative à l’aménagement de l’espace et toute une logique réflexive qui dirige le bon exploit d’un espace urbain, rural en allant jusqu’aux espaces intérieurs des mosquées, maisons, etc.

Ce genre de rencontre scientifique est justement l’occasion parfaite pour se pencher sur ce sujet. Il nous semble évident, avec du recul, que l’Homme pensait son espace en fonction de ses besoins en respectant tous les codes modernes : le rapport espace/usager, la fonctionnalité, le zoning ou encore le rapport de voisinage en allant jusqu’à la motricité dans l’espace.

1. Penser l’espace

L’espace aménagé, que ce soit celui d’une ville/centre urbain ou l’espace restreint d’une habitation, reflète la personnalité de son concepteur. Le concepteur peut être une personne physique, comme il peut être un courant politique, civilisationnel, culturel possédant certaines normes/besoins qu’il traduira en espaces. Dans ce cas particulier de l’extrême Gharb al-Andalus, où les textes sont insuffisants pour déterminer les spécificités de la société et de ses individus, où il est compliqué de déduire le mode de vie exact des habitants, on a opté pour une sorte de méthodologie régressive à travers la lecture de l’espace.

Le design de l’espace étant une spécialité contemporaine, dont les règles sont établies selon les besoins de la population actuelle, on ne peut le projeter tel qu’il est aujourd’hui. Néanmoins, il y a une autre réflexion sur l’espace et le design sur laquelle on se basera : le design non intentionnel. C’est-à-dire, comment le processus de conception peut-il être inné chez l’homme, émanant d’un certain besoin. Il faut tenir compte du rapport entre l’espace et son usager, la superficie nécessaire pour circuler sans gêne, la répartition intérieure de l’espace qui respecte l’intimité -un concept qui change au fil du temps-.

Notre départ se fera à partir de l’espace de la ville. Un espace englobant à son tour plusieurs autres "sous-espaces". M. Roncayolo définit la ville comme étant "plus qu’un concept d’analyse, c’est sans doute une catégorie de la pratique sociale (car) sous le nom de ville s’accumule une somme d’expériences historiques plus que ne profite la rigueur d’un concept", cette définition traduit parfaitement la méthodologie que nous avons choisie pour réfléchir l’espace. Elle définit les vecteurs de base pour la conception d’une ville, dont le facteur historique, donc culturel, est le plus important. L’espace, ici, n’émane pas seulement du besoin basique de s’abriter et d’avoir les conditions nécessaires d’un rassemblement humain primitif. Chaque ville, nouvelle ou reconstituée, émane d’un fond historico-culturel, qui dirige en grande partie les grandes lignes directrices de sa création. Ainsi "la ville qui est avant tout un être historique, est "à la fois un paysage organisé, une société et un centre." Et l’essentiel réside bien dans cette interrelation entre le paysage et la société, tant il est certain que "la ville médiévale n’est pas faite seulement de pierres, mais d’abord d’hommes (et que) l’histoire urbaine est avant tout une histoire humaine, une histoire sociale"1.

2. Organisation de l’espace

Ainsi, organiser l’espace revient à traduire en volumes les besoins selon un certain ordre établi. L’espace général d’une ville/centre urbain, comporte certains éléments de base qui se doivent d’être présents d’une manière générale pour que cette zone soit considérée comme tel-ville/ centre urbain-, d’après ce qu’on peut déduire des textes ; de ce fait il doit y avoir :

Un centre de pouvoir local, qui peut être une qaṣaba en général, et dans laquelle il y les habitations de l’élite ainsi que le siège administratif de la ville.

Il existe au moins une mosquée, appelée grande mosquée ou masjid Jami‛, voire d’autres petites mosquées de quartier. Ici, le nombre dépend, bien entendu, de l’importance politique de la ville et du nombre de la population. Cet espace joue à son tour un rôle politique très important et il est souvent financé par la "caisse de l’état"/bayt al-māl et oeuvre traduisant le caractère du souverain que ce soit par son architecture ou par les messages qui y sont véhiculés. Néanmoins, dans le cas des mosquées de quartier, la gérance revient plutôt aux habitants en y incluant les travaux nécessaires d’entretiens2.

Il y a aussi un Ḥammām pour l’hygiène, qui occupe une place importante dans la culture islamique. Cependant, ce genre de bâtiments n’est pas toujours présent d’un point de vue archéologique, du moins concernant l’extrême Gharb-al-Andalus, bien que dans les textes on indique souvent la présence d’un ḥammām voire plusieurs. Le seul dont on a retrouvé une trace archéologique est celui de Loulé. Le ḥammām peut être petit ou grand, privé ou public.

Les souqs, un espace très important au cœur de la ville islamique, car outre sa fonction commerciale de base, c’est un espace social par excellence. Les gens s’y rencontrent, échangent leurs idées comme leurs marchandises.

Les habitations se répartissent en deux types : les quartiers à l’intérieur de l’enceinte de la ville, généralement dédiés à l’élite dans le cas des grandes villes et les faubourgs qui sont l’expression d’un agrandissement de la ville selon leurs nombres d’habitants. Ces derniers abritent majoritairement les artisans, les pêcheurs et d’autres corps de métiers.

En observant le système des médinas existantes jusqu’à aujourd’hui, par exemple, ici en Tunisie, on peut constater une certaine hiérarchie dans la répartition des sous-espaces qui la constituent, une hiérarchie basée sur le principe de "pureté" et de "noblesse" de l’espace : c’est-à-dire au centre on a toujours la grande mosquée de référence, puis les métiers nobles tels que le souq de l’or, argent, et plus on s’éloigne de ce centre, plus on va vers des métiers considérés comme salissants et moins nobles tels que le travail du fer, la tannerie...etc.

En dehors du tissu urbain, on trouve les zones agricoles et les vergers, activité primordiale et sources de richesse pour al-Andalus, sans oublier la pêche qu’elle soit fluviale ou maritime ; les pêcheurs habitent généralement dans des faubourgs qui leur sont destinés.

La maqbara, ou cimetière, qui se trouve aussi en dehors de la ville lui reste juxtaposée.

Dans le design de l’espace moderne, ce rapport entre les espaces en général, et les sous-espaces, est représenté par un organigramme diagramme de proximité, indispensable avant toute opération d’aménagement. Dans le cas de la ville Islamique, nous pouvons résumer le rapport entre les différents espaces composant une ville type par le schéma suivant :

Fig. 1. Rapport entre les différents espaces dans une ville au Gharb-Al-Andalus.

3. Les caractéristiques architecturales dans l’extrême Gharb al-Andalus

Quelques caractéristiques architecturales se distinguent d’après ce qu’on a pu voir auparavant dans la région de l’extrême Gharb andalūsī, dont la première est sans doute la modestie relative des monuments par rapport à ce qu’on peut voir dans le reste d’al-Andalus plus précisément au Sharq al Andalus et dans les grandes "métropoles". On remarque les mêmes techniques de construction, notamment en adobe3 et une toiture même si quasiment inexistante de nos jours pour la totalité des constructions, inclinée en simple versant, couverte de tuiles à l’extérieur et renforcée par des lattes en bois à l’intérieur. L’ensemble constitue un système d’isolement thermique efficace préservant du froid et de l’humidité en hiver et de la chaleur en été. Cette technique de construction existe encore, spécialement dans le Sud portugais, dans la région de l’Alentejo et est particulièrement visible dans les zones rurales. On remarque aussi la rareté des éléments décoratifs sophistiqués, et ce même à Lisbonne, métropole de l’extrême Garb-al-Andalus. Toujours concernant l’habitat, on a pu observer deux techniques de recouvrement du sol que ce soit à Lisbonne ou à Mértola : l’utilisation de l’argamasse qui est un mélange d’eau, de chaux et de sable, assez solide, est imperméable, de couleur rouge dans notre cas, dû à l’ajout de l’oxyde de Fer. Cette technique de coloration a été aussi utilisée dans la décoration des murs, encore assez visible dans les maisons du Château de São Jorge à Lisbonne. Quant au sol il est recouvert de dalles de pierres taillées, dans une bonne partie des maisons de Mértola.

En ce qui concerne l’espace religieux, généralement représentatif du pouvoir, donc objet d’un grand investissement, la seule mosquée de laquelle on peut retrouver une trace architecturale en extrême Gharb al-Andalus est celle de Mértola, et comme on l’a déjà vu, elle est aussi assez modeste si on la compare avec les grandes constructions Almohade spécialement à Séville. Mis à part les éléments décoratifs, très représentatifs par leurs motifs mais aussi par l’effet monochrome de l’Art Almohade, ce qui lui a valu plusieurs comparaisons stylistiques avec la mosquée référence de Tinmel, le monument dans son ensemble reste assez modeste et sobre.

Seuls quelques éléments architectoniques décoratifs tels que les chapiteaux, ou fonctionnels tels que les stèles funéraires et une seule inscription témoignant de la construction du minaret de la mosquée de Moura, ont pu être trouvés dans la région de l’extrême Gharb.

Cependant, une large gamme de céramique a été identifiée, avec des pièces assez exceptionnelles et ces trouvailles s’étendent sur toute la période de la présence islamique. On peut conclure que, de ce point de vue, la région suivit de près l’évolution et l’émancipation de l’art de la céramique andalūsī.

4. Quelques réflexions sur l’organisation urbaine et la vie quotidienne en extrême Gharb-al-Andalus

D’après les données collectées lors de recherches antérieures, nous avons une matière assez intéressante qui se prête à une réflexion sur l’organisation de la vie dans un centre urbain de cette région. On va aussi essayer de réfléchir sur les données archéologiques issues de la céramique en passant par les vestiges archéologiques. On reviendra très souvent s’appuyer sur le cas de Mértola, cette dernière offrant un terrain de recherche adéquat de par l’avancée des fouilles d’un côté, et de notre connaissance assez profonde du terrain et de la ville.

Les conditions requises pour la qualification d’un centre urbain sont quasiment les mêmes : la présence indispensable d’un siège de pouvoir souvent représenté par un château, la présence d’au moins une grande mosquée (masjid jāmi‛), de ḥammām, d’un quartier intra-muros, de faubourg, de souq/s et d’un cimetière. Ces monuments sont liés entre eux par un certain rapport de proximité comme on a pu le définir dans l’organigramme diagramme (voir fig. 1). Toutefois, il n’est pas toujours possible de localiser ces monuments et c’est largement étendu sur les causes tout au long de ce travail.

Loulé représente un cas assez particulier, car c’est le seul endroit dans lequel nous avons pu faire des fouilles dans la structure d’un ḥammām, localiser une mosquée (sur le même site que l’Église actuelle de la ville), avec l’identification de quelques habitations et silos. Néanmoins, mis à part les fouilles récentes, qui ont dégagé les bains islamiques en assez bon état, le reste des vestiges est fragmenté. Loulé peut ainsi avoir à son tour le potentiel d’un centre urbain, de taille modeste certes, mais réunissant toutes les caractéristiques pour être considéré en tant que tel ; en contrepartie elle est quasi absente des sources écrites. Le cas de Lisbonne, métropole de l’extrême Gharb, de par sa structure assez importante, prouvée aussi bien par les fouilles que par les sources, n’offre pas à son tour assez de vestiges visibles sur son passé islamique. On a deux structures de maisons entièrement fouillées, restaurées. On a pu aussi détecter les fondations probables de la grande mosquée de la ville dans le cloître de la Sé (grande cathédrale de Lisbonne), une bonne partie de ses murailles est conservée et visible, et on a pu délimiter l’étendue de ses faubourgs avec le nombre d’habitants total probable de la cité d’époque islamique. Néanmoins, aucun ḥammām n’a été retrouvé, même si on est sûr de l’existence de plusieurs monuments de ce genre que ce soit à travers les sources, le toponyme de l’Alfama (al-ḥamma ou source d’eau chaude) ou par une logique historique et archéologique qui nous laisse penser qu’une ville aussi grande et importante ne peut pas ne pas avoir de ḥammāms.

Un autre cas de centre urbain symbolique de la région de l’extrême Gharb-al-Andalus, est celui de Silves où on a un Palais d’époque Almohade, l’unique dans cette région qui est, certes, modeste de par sa dimension en comparaison avec les grandes constructions Almohade spécialement à Séville, mais néanmoins assez important pour la région de l’extrême Occident. C’est en effet tout un ensemble palatin, pas entièrement fouillé, qui comporte un Palais avec deux niveaux et un bain privé, un ensemble de maisons, ainsi qu’une grande citerne et des silos pour le stockage. Le tout est emmuraillé. Toutefois, on n’a pas de trace de Mosquée, ni de bains publics ni de faubourgs. Ceci ne veut en aucun cas dire qu’ils n’existaient pas.

Concernant les souqs, il est difficile, dans l’absolu, de trouver une trace matérielle archéologique indiquant leur présence. Ces derniers étaient sûrement éphémères et s’organisaient sur des places publiques (aucune n’est détectable dans les cas étudiés). Il peut aussi y avoir deux types de souqs : un souq à l’extérieur, loin du noyau urbain et à caractère rural, qui peut être l’endroit où l’on se fournit pour alimenter le souq de la madīna. Et un autre souq à l’intérieur de la ville. Ce dernier pouvait avoir lieu sur l’esplanade/parvis de la mosquée4 l’après-midi du vendredi après la prière. Cette activité est réglementée et contrôlée : "Il faut ordonner aux marchands de balayer le parvis de la mosquée-cathédrale au cours de la matinée de chaque vendredi et de ne pas encombrer ce parvis de leurs marchandises avant la fin de la prière commune de midi. Le local affecté à la prière sur les morts doit être protégé contre l’intrusion des marchands ; il ne faut laisser aucun d’eux s’y installer avant la fin de la prière de l’après-midi". Il y a un autre type de souqs, celui des boutiques adjacentes à la galerie extérieure de la mosquée qui, on le devine, existait même s’il n’était pas autorisé :" Certaines personnes installent sur les banquettes du mur extérieur de la mosquée des éventaires et des boutiques, sur lesquels finit par s’exercer comme un droit de propriété : cela doit être interdit par le cadi, pareilles installations empêchant des fidèles de faire leur prière sur ces banquettes."5

S’ajoutent à cela "les boutiques", dont la structure s’entremêlait probablement avec celle des maisons que ce soit dans le quartier ou dans le faubourg. D’ailleurs, certains compartiments dans les maisons de Mértola laissent supposer ce genre d’activités, tel que le cas de l’une des maisons du quartier almohade de Mértola qui comporte deux entrées différentes, dont l’une donnant sur un espace non communiquant avec le reste de l’espace habité. Revenons au cas de Mértola dont la totalité des vestiges est datée de l’époque Almohade.

Fig. 2. Tableau des superficies de l’ensemble des maisons du quartier almohade de Mértola et des deux maisons du Castélo São Jorge de Lisbonne. Source : Santiago Macias, p. 162.

On a bel et bien un centre de pouvoir, une mosquée, un quartier adjacent à cet ensemble qasba/mosquée, dont un ensemble de quinze maisons identifiées à nos jours, et qui abritaient probablement l’élite de la ville et de ses fonctionnaires par sa proximité au noyau central du pouvoir, un faubourg (au bord de la rivière) dont seules deux maisons sont repérées et fouillées et un cimetière. En suivant le principe de proximité, on peut localiser d’une manière hypothétique du ḥammām aux alentours de la mosquée. Néanmoins aucun sondage n’a été effectué dans cette partie jusqu’à présent. On a aussi remarqué dans le quartier almohade accosté à la qasba, un ensemble de maisons6 qui connurent 3 phases différentes (maison XVIe et maison IXe partiellement fouillée). Ce qui nous donne l’habitation avec la plus grande superficie du quartier almohade, parmi l’ensemble fouillé jusqu’à nos jours.

Cet ensemble de par sa superficie et son nombre de compartiments ressemble significativement aux deux exemples de maisons fouillées dans l’enceinte du Castelo São Jorges à Lisbonne. Pour mieux comprendre la fonctionnalité de ces maisons et l’importance de chaque sous-espace on a élaboré le tableau de la (fig. 2).

Un caractère commun unit toutes les maisons, c’est l’entrée en chicane. Un système qui permet de préserver l’intégrité et l’intimité de l’espace et de ses usagers plus particulièrement les femmes qui sont les principales "occupantes".

Ce système d’inaccessibilité visuelle est consolidé par l’inexistence totale, du moins jusqu’à l’époque Almohade, de toute ouverture sur l’extérieur, notamment les fenêtres.

Nous avons constaté que le patio occupe la plus grande partie d’une maison, quel que soit le nombre de ses sous-espaces ou de sa superficie. Cependant, il n’est pas toujours muni d’un bassin central. Cette place qu’occupe le patio, en lui ajoutant les données archéologiques discutées dans le chapitre précédent, attestent de la vitalité de ce sous-espace, c’est là où se déroulent toutes les activités de la maison entre préparations culinaires et, comme on l’a vu, les activités de confection d’objets (probablement destinés à la vente) comme le tissage. Aussi, cet espace est-il l’unique source de lumière et d’aération, car ces maisons s’organisent autour de leur patio architecturalement aussi. Le bassin central, dans le cas où il existe, a, quant à lui, une fonction autre que décorative. Il fournit à la maison ce dont elle a besoin en plantes aromatiques7.

En conclusion, l’urbanisme et l’aménagement de l’espace urbain à Gharb-al-Andalus entre le 8ème et le 13ème siècle étaient marqués par l’importance accordée aux villes comme centres de pouvoir, de commerce et de culture. Les villes étaient organisées selon un modèle commun, avec des rues étroites et sinueuses, des places publiques et des mosquées. Les jardins et les fontaines, desquels nous n’avons malheureusement pas de traces existantes, étaient des éléments importants de l’espace urbain, tandis que l’architecture était influencée par les styles arabo-islamiques et berbères sur une base d’architecture méditerranéenne. Enfin, un système sophistiqué d’approvisionnement en eau permettait de répondre aux besoins en eau potable et en irrigation des villes de la région.

Toutefois, en ce qui concerne l’histoire du costume utilisé à cette époque, les informations restent très rares, voire inexistantes et spécialement concernant les habitudes vestimentaires du peuple et des femmes, hormis quelques descriptions, qui, dans la plupart du temps, tournent autour d’un accessoire porté par quelqu’un de la cour.

Fig. 3. Plan du quartier Almohade de Mértola,
Source : Santiago Macias, p. 253.

Notes

1 Pierre Boucheron et D.Menjot, 2003, p. 288.
2 Christine Mazzoli-Guintard, 2009, p. 63.
3 Ce sont des briques de terre cuite à base de terre argileuse mélangée ou pas à de la paille, les briques étaient fabriquées en utilisant un moulage, puis séchées au soleil. La pause était faite avec un mortier de terre et c’est une technique de construction locale qui est toujours utilisée.
4 E. Lévi-Provençal, 2001, p. 47.
5 Idem, p. 48.
6 Palma Maria de Fátima, 2013.
7 Rosa Valéra Gomez, 2011, p. 363.

Bibliographie

Sources

BOUCHERON Pierre et MENJOT D., 2003, La ville médiévale, Histoire de l’Europe urbaine, t.1, de L’Antiquité au XVIIIe siècle (J.-L. Pinol dir.), Paris. Cité dans MAZOLLI-GUINTARD Ch., les villes d’al-Andalus à l’époque Califale.

GOMES Rosa Valéra, 2011, Silves (Xelb), uma Cidade do Gharb Al-Andalus: a zona da Arrochela, Espaços e quotidianos, Silves.

LEVI-PROVENCAL E., 2001, Séville musulmane au début du XIIe siècle Le traité d’Ibn ‘Abdun sur la vie urbaine et les corps de métiers, Traduit avec une introduction et des notes (1947) Maisonneuve & Larose, Paris.

MACIAS Santiago, 2006, Mértola Le dernier port de la méditerranée, Campo Arquologico de Mértola, Mértola.

MAZZOLI-GUINTARD Christine, 2009, «Urbanisme et villes islamiques d’al-Andalus: entre droit et pratiques, l’utilisation et la gestion du sol urbain», in Xelb, n° 9, Actas do 6° encontro arqueologia do Algrave O Gharb no al-Andalus : sínteses e perspectivas de estudo, (Silves, 23 a 25 de Outubro de 2008), pp. 55-74.

PALMA Maria de Fátima, 2013, « Configurações singulares do urbanismo da Casa XVI do Bairro Islâmico da Alcáçova do Castelo de Mértola », in VII ENCUENTRO DE ARQUEOLOGÍA DEL SUROESTE PENINSULAR, pp. 1082-1095.

Auteur

Emna BOUHAOUEL

Doctorante, LAAM, Faculté des Lettres Arts et Humanités, Université de la Manouba

Retour en haut